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Lysigée tournait lentement autour de son ancre. Le vent, très léger, était malgré tout capricieux dans cette anse de Kokeva Goekkaya, tournant autour des collines, et descendant les petites vallées d’anciens oueds à sec aujourd’hui.
Et un rien suffit à animer Lysigée, toujours prête à s’orienter face au vent.
L’eau transparente se perturbait parfois d’un voile moiré, du aux courants d’eau douce, chaude, qui sortent des sources au fond de l’eau. A la surface, l’eau était complètement immobile, à peine ridée par le vent, ou les rares vaguelettes créées par les petites embarcations entrant ou sortant de la baie.

A part quelques bourdonnements d’insectes et le soudain clapot d’un poisson, en chasse, il ne se passait rien.
Autour cette anse, à bonne distance, la grande baie était remplie de « gulets » et de yachts, dont les passagers fournissaient un fond sonore, à peine audible, d’éclaboussures, de rires, de cris ou de chansons.
C’était comme deux mondes adjacents, composés des mêmes ingrédients, le soleil, la mer, des bateaux, mais étrangers l’un à l’autre et qui ne se reconnaissaient pas. L’un, bruyant, affairé, tendu vers la recherche de ce plaisir, obligatoire puisqu’on est en vacances, un peu frelaté car souvent artificiel. L’autre, immobile, silencieux, créateur de ces plaisirs rares car inattendus et non recherchés.
Et silencieusement, tranquillement, trois tortues rentrèrent dans la crique, majestueusement et tour à tour, ressortant la tête de l’eau, regardèrent tout autour comme étonnées de trouver dans leur espace familier cet étrange objet posé sur l’eau.
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